ALEKSI PERÄLÄ

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Révélé sur le label Rephlex d’Aphex Twin et Grant Wilson-Claridge, confirmé sur ceux de Nina Kraviz ou Len Faki, auteur de plus de 90 albums en 22 ans de carrière (sans compter les EP’s), on ne peut plus ignorer l’énigmatique producteur électronique finlandais Aleksi Perälä, aussi connu sous le nom d’Ovuca. Ses compositions microtonales sont le fruit d’une recherche assidue entre musiques ancestrales, phénomènes naturels, expérimentations fréquentielles et spontanéité candide visant à s’approcher toujours plus de l’harmonie originelle de l’Humain et de la Nature. Un concept baptisé Colundi qu’il nous décrit avec ferveur.

A quel âge t’es-tu intéressé à la musique ?

Ça a probablement commencé progressivement mais j’avais 12 ans quand j’ai commencé à faire de la musique vers 1988. J’ai d’abord joué du piano. Je suis allé à un cours de piano et mon professeur avait un synthétiseur à portée de main. Elle faisait des sons de vent sur le synthé et j’étais là: « Qu’est-ce que c’est ? C’est incroyable. J’en veux un ! » C’est alors que j’ai tout de suite abandonné le piano et commencé à économiser de l’argent pour acheter mon propre synthétiseur.

Quel genre de musique écoutais-tu à l’époque ?

Eh bien, je me suis intéressé à la musique électronique dès que j’en ai entendu, mais, grandissant en Finlande, il n’y en avait pas beaucoup. Donc, tout ce que j’entendais à la radio, je l’enregistrais sur cassette. Et puis, comme j’étais vraiment dans ce son, je voulais en faire moi-même juste pour en entendre plus, (rires) parce qu’il n’y avait pas assez de ça autour de moi et j’étais aussi assez jeune et je vivais au milieu de nulle part, donc…

Puis tu as signé chez Rephlex en 1999…

Oui, j’étais dans le Michigan pendant un an en tant qu’étudiant de programme d’échange, j’y ai entendu Aphex Twin pour la première fois et découvert qu’il avait son propre label. Alors, quand je suis rentré en Finlande, j’ai commencé à envoyer des démos à Rephlex, puis après environ cinq ans, ils sont entrés en contact et c’est comme ça que ça a commencé. Ça a donc été un lent processus.

Comment as-tu trouvé le nom Ovuca ?

J’ai mis mes lettres préférées sur un morceau de papier et j’ai commencé à inventer des mots en utilisant ces lettres et c’est ainsi que j’ai créé Ovuca.

Mais cela ne spécifie rien de particulier pour toi ?

Non, c’est juste que j’ai aimé l’idée d’avoir un nouveau mot. Et ce qui est beau en faisant ça, c’est que lorsque tu effectues, disons, une recherche sur Google, tu es assuré que chaque résultat est lié à toi ou à l’origine du nom. Bien qu’il y ait eu un club à Barcelone, je crois, qui s’est appelée Ovuca plus tard.

Tu devrais y aller !

Oui, je sais, mais je n’y ai jamais été. Il n’y est probablement plus mais il a existé pendant un moment.

Puis en 2001, tu as changé ton nom pour Astrobotnia bien qu’étant toujours chez Rephlex…

Oui, c’était parce qu’avec Ovuca, j’utilisais des synthétiseurs, boîtes à rythmes et tout le reste pour faire de la musique. Astrobotnia, c’est quand j’ai eu mon premier ordinateur portable et que j’ai commencé à faire de la musique sur ordinateur. J’ai donc pensé qu’il serait logique de démarrer un nouveau nom pour la musique par ordinateur.

Tu as fait Cylobotnia en collaboration avec Cylob en 2003. Il semble que ce soit ta seule collaboration sortie à ce jour. Y en a-t-il d’autres ? Et y a-t-il des artistes avec qui tu souhaiterais collaborer ?

Oui ! Ce serait amusant. J’ai des bœufs avec mes amis et tout ça, mais oui, je crois bien que nous n’avons encore rien sorti. Ou pas grand chose. Peut-être quelques choses secrètes mais rien de majeur.

Puis tu as sorti « Project V » en 2007 ? Qu’as tu fait entre 2003 et 2007 ?

De la musique, comme d’habitude ! J’ai vécu à Londres pendant un an en 2003, puis je suis retourné en Finlande et j’ai commencé à étudier la technologie musicale. J’étais content de le faire parce que j’ai appris des choses que j’aurais aimé savoir avant de commencer à faire de la musique. Après Astrobotnia, j’ai voulu changer un peu de direction et je suppose que c’est pourquoi ça a pris du temps. Il y a eu quelques années d’écart entre les sorties. Comme je t’ai dit, je fais de la musique depuis 1988 et j’ai toujours fait autant de musique que maintenant, c’est juste une question de savoir ce qui sort de ce qui ne sort pas. J’ai des boîtes pleines de cassettes, de minidiscs et de trucs des premiers jours. Je ne les ai même pas écoutés mais je devrais les passer en revue un jour. Ça, c’est pour ma retraite ou autre. Mes débuts dans la musique électronique étaient vraiment différents de ce que je fais maintenant.

Tu as sorti des inédits des années Ovuca et Astrobotnia en 2011. On dirait que tu fermais un chapitre avant d’en ouvrir un nouveau. C’était ça ?

Non, pas vraiment. Je veux dire, Ovuca est toujours en cours, j’aime garder ce projet en vie. Astrobotnia, c’est peut-être un peu différent. Je ne pense pas que je retournerai à Astrobotnia, mais là encore, qu’est-ce que j’en sais ? Ne jamais dire jamais. (rires) C’est bien de garder les choses un peu open, tu sais.

Puis tu as lancé ton label, AP Musik, en 2013…

Oui, c’est à la fin de Rephlex que j’ai lancé AP Musik, avec l’aide de mon cher ami Grant Wilson-Claridge de Rephlex. AP Musik est comme un sous-label de Rephlex ou, du moins, je le considère toujours comme tel. Grant sélectionne tout ce que je sors ou je passe tout par lui juste pour que quelqu’un s’occupe de cette folie. (rires) Mais c’est une coopération vraiment fluide dans la mesure où nous pensons vraiment de la même manière et il n’y a pratiquement jamais de désaccord sur quoi que ce soit. Genre, pour un album, je lui envoie un tas de morceaux que j’ai moi-même présélectionnés pour ne pas lui envoyer de merdes (rires) ou du moins essayer de ne pas le faire, puis il le parcourt et ouais, il peut laisser tomber un morceau ou deux mais… ça marche vraiment bien.

Ensuite, Colundi [Colun-daï] a commencé à peu près en même temps qu’AP Musik…

Colundi [Colun-di], oui.

Ah, c’est donc comme ça que tu le prononces.

C’est comme ça que je le prononce, tu peux le prononcer comme tu veux.

Est-ce que ça a commencé comme le projet de Grant ou le tien ? Ou était-ce vous deux ?

Eh bien, pendant des années, j’étais vraiment intéressé par différents systèmes d’accordage et par l’utilisation un peu plus libre des fréquences, avoir l’esprit ouvert pour ça et essayer peut-être de me libérer du clavier standard ou des instruments de musique standards.

Le Clavier Bien Tempéré…

Ouais, le système 12-TET. J’ai expérimenté, je crois que c’était avec 33 hertz au début, ce qui équivaut à 528 hertz [4 octaves plus haut], qui est assez connu de l’humanité à ce stade. J’ai donc utilisé ces fréquences pour un projet scolaire en 2006 dont un des morceaux a terminé sur une sortie en 2009. [« The Moon », dernier morceau sur le EP « Boom Blaster », sur Rephlex]

Pourquoi avoir choisi d’utiliser ces fréquences spécifiques ?

C’est une très bonne question. Parce qu’elles faisaient du bien. Je voulais explorer ça. Et aussi, à ce moment-là, – 2005 ou 2006 – je faisais de la musique depuis un certain temps déjà, une quinzaine d’années environ. J’avais l’impression qu’il était temps d’essayer quelque chose de nouveau et cela a mené à différents projets, différentes expériences pour essayer d’élargir cela. Où vais-je à partir de 33 / 528 hertz ? J’ajoute plus de fréquences ! J’ai donc passé en revue différents systèmes d’accordage et le nombre de notes par octave en commençant par 1, et les ai toutes progressivement parcourues jusqu’à 16, j’en ai peut-être même eues 24, mais juste pour l’expérience. Puis, après ça, en 2011, quand les premiers trucs Colundi sont sortis, c’était comme si c’était arrivé assez naturellement, comme si j’étais prêt à essayer quelque chose de nouveau, puis Grant avait fait ses propres recherches et il a dit « OK, nous allons peut-être essayer ces fréquences (rires) comme la prochaine chose à faire » et ça m’a scotché à quel point il était important de commencer par là, de commencer par ces fréquences, de commencer par la façon dont le son affecte le corps humain.

J’ai parfois discuté avec Grant à ce sujet mais il semblait incapable d’expliquer exactement ce que c’était, il m’a juste envoyé des tonnes de liens vers toutes sortes de choses. Il semble que son approche soit davantage basée sur des éléments humains et naturels établis, les équinoxes, la résonance de Schumann, etc. tandis qu’il semble que ton approche soit plus personnelle, plutôt une question de goût personnel en matière de fréquences, c’est ça ?

Oui c’est le cas. Je ne suis qu’un gars qui fait de la musique. Je n’ai pas beaucoup de gens pour collaborer avec moi et passer en revue ces fréquences et voir ce qui fonctionne avec elles et tout ça. Je suis une âme assez solitaire si on veut. J’aime travailler par moi-même, et j’ai l’impression que oui, comme tu l’as dit, c’est très personnel, mais aussi, cela dit, il est plus facile de trouver quelque chose d’universel en soi, comme si on avait l’univers en soi. Donc ça marche dans les deux sens. Comme si c’était l’un et l’unité… mais cela devient l’univers. C’est la même chose au final. J’ai trouvé que cela fonctionne pour moi. C’est ma personnalité. Et oui, c’est toujours une recherche en cours au quotidien. Mon instrument le plus utilisé est la calculatrice de poche, je l’utilise autant que j’utilise mes synthés et samplers et boîtes à rythmes. Je trouve ça intriguant tous les jours, ça ne s’est pas arrêté.

« You’re the operator with your pocket calculator. » [référence à « Pocket Calculator » de Kraftwerk]

Ouais, voilà. (des rires)

Puis la série Colundi Sequence est sortie en 2014. Par conséquent, était-ce un mélange de tes propres goûts et des découvertes personnelles de Grant ou juste tes propres trucs ?

Je dirais que les fréquences sont ses découvertes, donc cela crée la base sur laquelle je compose alors de la musique.

C’est bon pour la série « Colundi Sequence » mais aussi pour les autres ?

Ce ne sont que des noms. Pour moi, cela ne fait aucune différence. Je dirais que ce projet 33 / 528 hertz en 2006 a été le début de Colundi pour moi. Même si je dois dire que j’ai trouvé un morceau de 1994 ou 1995 qui est un morceau Colundi que j’avais fait à l’époque, un truc juste trèèès minimaliste.

Tu l’as sorti ?

Non, non, mais je pense que je l’avais sur mon site web pendant un moment, mais plus maintenant. Je ne suis pas très organisé donc je ne sais pas !

Tu te souviens de son nom ?

Non… (rires)

Ça ne va pas aider. (des rires)

Ouais, il y a tellement de morceaux et j’ai une très mauvaise mémoire, mais il est quelque part ! Mais de toute façon, juste pour dire que c’est un très, très long projet en cours et je ne distinguerais pas la « Colundi Sequence » comme étant spécifiquement Colundi. Tout ce que je fais est Colundi depuis le début de « Colundi Sequence », donc c’est comme différentes approches de Colundi. Je suis dans une recherche assez différente en ce moment, ou une approche différente.

Depuis 2014, il y a eu une vague de sorties absolument folle. Rien que pour ces deux dernières années 2020 et 2021, j’ai compté 33 albums et EP’s à ce jour…

Ouais, c’est fou. Je dois m’excuser !

Non, (rires) mais ça pose une question évidente: n’as-tu pas peur d’être contre-productif à en sortir trop d’un coup ?

Non, pas du tout, non. Parce que je ne pense pas à des trucs comme ça. Je ne pense jamais à des choses comme ma carrière ou quoi que ce soit. Je ne suis pas ce genre de personne. Je suis plus comme un enfant de la nature ou quelque chose du genre. Je fais juste ce que je suis censé faire. Ou « quelle est ma place dans cet univers ? » Je ne fais que suivre ma vocation, c’est naturel pour moi.

Mais je veux dire, à part le côté business des choses, n’as-tu pas peur que de très bons morceaux se perdent dans un océan d’autres morceaux ?

Ils le sont déjà ! (rires) C’est déjà trop tard… Non, ça ne me dérange plus. C’est comme la vie: nous avons tellement de choses, les humains produisent déjà tellement. Où traces-tu la ligne ? J’apprécie juste vraiment ce que je fais. Et j’aime le partager. C’est aussi simple que ça. Souris avec l’univers !

Alors une autre question évidente: comment fais-tu pour faire autant de musique ? As-tu une routine spécifique, une éthique de travail rigoureuse ?

Ben ouais. (rires) Je fais de la musique tous les jours. C’est ma routine.

Combien d’heures environ ?

12 heures par jour parfois. C’est tout ce que je fais. Et je trouve que c’est ce que dois faire. Ou du moins ce que je suis censé faire. J’ai eu de nombreux boulots dans ma vie et quand je suis au travail, j’ai toujours l’impression que je devrais plutôt être dans mon studio pour faire de la musique, que ce serait plus bénéfique pour l’univers ou pour moi-même ou quoi, cela me semble juste plus… Ça semble juste.

Mais si tu passes 12 heures par jour sur la musique, combien d’heures travailles-tu à côté ? Quand dors-tu ?

(rires) Oh, je n’ai pas eu de boulot depuis un moment maintenant. J’ai lâché mon boulot il y a deux ans.

C’est pourquoi nous avons droit à tant de sorties maintenant. (rires)

Oui, si nous avons tant de sorties maintenant, c’est à cause de la pandémie, en fait, cela a beaucoup affecté les choses parce que depuis le début de l’épidémie, je n’ai joué aucun concert, et avant, cela m’occupait. Il faut beaucoup de temps et d’implication pour jouer des concerts, pour préparer chaque set. Et puis, il y a tous les voyages et ainsi de suite, et depuis la pandémie, je suis juste chez moi dans mon studio tous les jours, toute la journée, c’est ce qui s’est passé.

Peux-tu encore gérer une vie sociale à côté ?

Ouais, c’est une question difficile. J’ai vécu au Royaume-Uni pendant 10 ans, puis, il y a deux ans, je suis retourné en Finlande et j’essaie toujours de trouver ma place ici, la plupart de mes amis étaient au Royaume-Uni donc ça ne bouge pas tant que ça ici. J’ai beaucoup de temps pour moi.

Envisages-tu de déménager dans un autre pays ?

Eh bien, ma femme est Canadienne. Donc, à choisir, ce serait le Canada, je pense. C’est un peu difficile de déménager au Royaume-Uni maintenant. Ouais, ce n’est pas aussi facile qu’avant. C’est bien dommage.

Quand tu fais toute cette musique, il y a un moment où tu dois la sortir. Comment choisis-tu sous quel nom d’artiste ça doit aller ?

Il n’y a pas une énorme différence, je suppose.

Tu as ravivé le nom Ovuca cette année…

Oui… parce qu’au début de la pandémie, je suis revenu à l’utilisation de machines. J’avais tout fait sur ordinateur depuis l’époque d’Astrobotnia – été 2000. Tout cela a été fait sur ordinateur jusqu’à il y a environ 2 ans où je suis retourné aux machines, et les premiers trucs que j’ai fait sur des machines, et leur apprentissage, j’ai trouvé approprié de l’appeler Ovuca, car Ovuca a toujours consisté à faire de la musique sur des machines, pas sur ordinateur. Je n’avais pas fait de musique sur machines depuis si longtemps que je me suis dit « OK, c’est comme revenir à la case départ, recommencer à zéro », et je me suis dit « OK, Ovuca est tout à fait approprié pour ça ». C’est la seule explication. C’est sorti plus tard, mais les trucs d’Ovuca que j’ai sorti cette année, je les ai fait l’année dernière. Donc un peu plus tôt mais bon, ça n’a pas d’importance.

Tu as des noms de morceaux très similaires sur chaque disque. Se réfèrent-ils à quelque chose de spécifique ?

Ouais, absolument. Les titres des morceaux sont les codes ISRC. Et parce qu’il y a tellement de morceaux, cela rend aussi les choses beaucoup plus faciles. Ensuite, je peux copier/coller (rires) le code ISRC, et comme il y a des centaines de morceaux, je serais à court d’idées pour les appeler ci ou ça. Les codes ISRC sont plutôt simples ou faciles car on peut voir l’année de sortie, le numéro de catalogue et le label – tout est dans le nom, donc c’est assez pratique d’une certaine manière. Bien que je sais que c’est un cauchemar, ils se ressemblent tous et tout ça. J’ai eu beaucoup de retours là-dessus.

Qu’en est-il de l’ordre des morceaux ? Cela importe t-il pour toi ?

Bien sûr, ouais. Mais là, je reçois une aide massive de Grant avec ça. Il est le maître de la compilation d’albums, de la mise en ordre des morceaux, même si je le fais parfois moi-même et que parfois il le fait seul. Il le fait plus que moi. Mais encore une fois, nous sommes d’accord sur tout, la plupart du temps.

Depuis 2017, tu as également commencé à sortir de la musique sur d’autres labels. Est-ce une façon de s’ouvrir à un autre public ?

Je ne sais pas… Je ne m’en rends pas compte. Avec le changement climatique, je suis très, très conscient que ce que je fais doit être aussi écologique que possible, donc presser un disque vinyle n’est pas vraiment nécessaire, n’est-ce pas ? Je veux dire, je sais que c’est sympa et les gens l’apprécient, mais nous sommes en 2021. Nous avons fait tellement de mal à cette planète que si je peux vendre ma musique en ligne, cette petite chose me fait me sentir un peu mieux, mais ces morceaux ne sont pas pressés sur vinyle parce que ce n’est pas vraiment nécessaire. On peut écouter les morceaux sans ce processus juste en les téléchargeant, car le streaming, c’est pas génial.

Et ça se prolonge… Je sais que mon empreinte carbone est énorme parce que j’ai joué des concerts à l’international pendant 20 ans, je suis souvent resté assis dans l’avion et je me sens coupable, j’en suis conscient et je ne pense pas pouvoir continuer à le faire. Je veux dire, je n’ai rien de prévu mais la prochaine fois que je ferai un concert, je suis sûr que je m’y rendrai en train ou alors je ne jouerai pas tant de concerts, ou alors je ferai une mini tournée pour diminuer l’impact sur l’environnement. Mais en même temps, je vis à la périphérie de l’Europe et on est très loin de tout donc je suppose que la plupart de mes concerts seront en Europe Centrale ou aux environs. Mais oui, je pense que je ne voyagerai plus par les airs. Je sais que les gens vont faire des tas de voyages, (rires) et ma petite décision ne va pas beaucoup aider, mais si c’est tout ce que je peux faire, alors je le ferai. J’espérais, quand la pandémie a commencé, que les gens s’arrêteraient un moment et réfléchiraient à ce que nous avons fait, et, en quelque sorte, se réveilleraient un peu.

Oui, ça n’a pas duré longtemps.

Oui, c’est très triste de voir ça, comme si nous nous précipitions à retourner détruire la planète.

Oui, c’est la nature humaine.

Eh bien, j’espère qu’il y a un meilleur moyen, que nous pouvons le changer. Les humains sont incroyables. Nous sommes les stars de cette planète. Nous devrions être plus conscients de cela. Nous devrions tous vivre ensemble et ne former qu’un.

Les gens aiment avoir leur confort et voyager.

Ouais, c’est difficile de changer si on est habitué à quelque chose. C’est une très grande question fondamentale. Cela commence par le fait d’aller travailler. La plupart des gens ont des emplois de jour, ils passent leurs journées à faire quelque chose qu’ils doivent faire pour payer le loyer ou payer leur hypothèque ou pour s’en sortir. Ils font un travail qu’ils n’aiment pas nécessairement à 100% mais ils pensent qu’ils doivent le faire et je pense que c’est faux. Je pense que les gens devraient faire ce qu’ils aiment faire par amour. C’est comme si nous étions esclaves de l’argent, et s’en libérer est un long, long processus mais j’espère que nous pourrons le faire un jour. Et, tu sais, les gens qui ont des boulots qu’ils n’aiment pas faire se disent alors « OK, prenons l’avion pour quelque part pour sortir de ça, pour avoir au moins deux semaines de quelque chose de bien. » Et ça, c’est le confort. Et puis, on a de l’argent qui permet de faire ça et tout ce qui s’en suit, mais peut-être qu’il y a une autre voie: la voie de l’Amour.

Est-ce quelque chose que tu essaies d’accomplir en faisant de la musique ?

Oui, clairement. L’Amour est la voie mais, tu sais, je fais juste ce que je sens juste. Ce sont des questions très, très difficiles. Je vis dans mon propre petit univers, ma propre petite bulle. Qu’est ce que je sais ? Qu’est-ce que je comprends de la nature humaine ? Je ne suis pas sociologue, ce n’est pas du tout mon domaine, mais en même temps, je le ressens tous les jours et j’en suis conscient et ça me fait sentir mal. Donc, si je peux faire quelque chose de bien pour ce monde avec de la musique, alors tant mieux, ça me rend heureux si je peux faire quelque chose de bien.

Tu es probablement un des seuls artistes à sortir sa musique en 24bit et 192khz, ce qui est plutôt rare.

Ouais… J’ai dû passer à 96khz maintenant parce que Bandcamp a une limite. Les fichiers deviennent si gros. Et aussi, là encore, je pense à l’environnement et je pense que c’est peut-être un peu trop. Tu sais, même la taille des fichiers est environnementale, comme l’espace serveur, l’électricité… tout coûte à l’environnement.

Mise à part la « Colundi Sequence », tu as fait tes plus longues séries au cours des trois dernières années avec « Spectrum », « Northern Lights », « Midnight Sun », « Phantasia ». Comment les différencier ? As-tu des thèmes spécifiques que tu leur attribues ?

Oui. Celui d’Ovuca, « Northern Lights », a été le début du retour de la création musicale sur machines, donc voilà pour celui-là. Et puis, « Midnight Sun » était totalement pour la Finlande, la nature finlandaise et la beauté ici, et le fait que nous avons quelque chose qui s’appelle « le soleil de minuit » ici. Au milieu de l’été, il faut se rendre dans le nord de la Finlande pour assister au soleil de minuit. Avec ma femme, nous sommes allés le voir l’été dernier, c’était génial. Je ne pense pas que les gens s’en rendent vraiment compte. J’ai l’impression, à chaque fois que je suis en Europe Centrale, que les gens semblent voir la Finlande comme un endroit froid et sombre, c’est le cas en hiver, mais en été, c’est le contraire. Nous avons plus de lumière que le reste de l’Europe et il peut faire très chaud ici aussi. Je me souviens avoir joué au Portugal dans un festival d’été. Il faisait vraiment chaud ici en Finlande, j’ai quitté ma maison en T-shirt en pensant « Je vais au Portugal, ça va aller ». J’étais gelé au Portugal. (rires) Ensuite, je reviens ici et il fait à nouveau très chaud.

(rires) Et « Spectrum » et « Phantasia » ?

Spectrum, c’était avant, c’était la fin de la musique par ordinateur et le passage graduel aux machines… C’est surtout de l’ordinateur mais c’est un peu un mélange. Il y a des boîtes à rythmes là-dedans et tout ça, et « Phantasia » était axé sur le jeu, genre, plutôt mélodique et ludique, d’inspiration, rien de planifié, juste faire une impro et en profiter. C’est toute l’idée de celui-là.

Et tout cela à base de machines…

Toutes les impros aux machines, oui. Et aussi je me suis remis à jouer ! C’est marrant de faire de la musique Colundi parce que je ne peux pas utiliser de clavier traditionnel et je n’aime pas. Un clavier de piano me perturberait complètement, donc j’utilise les MPC et Force [d’Akai] et tout ça, ça me donne toutes les touches et ça a été tellement fun. J’aime jouer, j’essaie de ne pas trop enregistrer ces jours-ci mais j’aime juste jouer de la musique. Le début de ma création musicale était de jouer du piano, donc je suis habitué à ça, j’utilise à nouveau mes doigts aussi longtemps que je peux, et ça a donné « Phantasia ». Il y a quelques autres albums « Phantasia » qui vont sortir: « Phantabla », comme je les appelle. Plus de sons de tabla, une autre percussion indienne. Et puis, il y aura une autre série, d’environ 10 albums ou plus, appelée « Cycles ». Et aussi, du point de vue sonore, je pense que « Phantasia » est plus axé sur l’exploration des instruments de musique du monde. Et ça va plus loin sur « Cycles ».

Depuis quelques années, je me demande ce qui serait vraiment nouveau de faire et me dis que la voie à suivre est probablement de revenir aux instruments ethniques et les utiliser de nouvelles manières plutôt que juste faire de l’électronique car il y a quelque chose de plus organique en eux.

Absolument ! Au cours des deux dernières années, ça a été ma recherche quotidienne d’en savoir plus sur les instruments asiatiques, les instruments différents. Je pourrais en parler pendant des heures. Le tambour de bronze Karen, par exemple: un instrument que je ne connaissais pas et j’adore absolument le son et l’histoire de celui-ci, comme l’importance de cet instrument pour le peuple et comment il était utilisé dans tout, comme l’agriculture, leur vie quotidienne. On l’appelle parfois tambour-grenouille parce qu’assez souvent, ils ont des grenouilles sculptées sur eux. Il y a quelques vidéos YouTube à ce sujet, mais je n’ai pas encore entendu le son d’origine correctement. Il y a un très, très bon livre de Thomas Rossing intitulé « The Science Of Percussion Instruments ». Ce livre est très analytique sur les différents sons de percussion et explique comment ils prennent forme, et ce qui est génial avec Thomas Rossing, c’est qu’il te donne toujours les rapports sur la fréquence fondamentale et ensuite les partiels supérieurs des sons, car assez souvent avec les instruments de percussion ethniques, ils ne sont pas harmoniques au sens traditionnel du terme mais ont des partiels bien plus intéressants. C’est comme se libérer des ondes à dents de scie ou des ondes carrées standards ou autres. Donc, au cours des deux dernières années, j’ai été vraiment branché à marier Colundi avec ces instruments et créer des sons Colundi basés sur ces instruments, j’utilise donc le même rapport harmonique et je le convertis en fréquences Colundi, puis j’obtiens mon propre son fait d’ondes sinusoïdales. L’origine du son est l’originale. Principalement, ce sont les sons asiatiques qui m’ont le plus intéressé récemment, quelques percussions africaines aussi, beaucoup de ça, mais oui, il y a beaucoup de découvertes intéressantes là-dedans. Comme à la fin des années 70, en Chine, la découverte de la tombe du Marquis Yi. J’ai trouvé un livre blanc là-dessus où ils avaient examiné les accordages de cloches à deux tonalités vieilles de milliers d’années et j’ai converti les accordages en hertz juste pour voir s’ils étaient un tant soit peu proches de Colundi. Eh bien, ce n’est pas une grande surprise mais il était très agréable de voir que certains d’entre eux étaient pile poil des fréquences Colundi. Ainsi, dans la Chine ancienne, ils utilisaient Colundi à cette époque. C’est formidable d’avoir une sorte de confirmation que Colundi est là depuis longtemps et que nous ne faisons que le raviver.

Mais tu privilégies toujours tes propres préférences en fréquences…

Oui, bien sûr, absolument. En ce moment, je suis bloqué sur environ 64 fréquences Colundi que j’utilise quotidiennement. Et vraiment, elles me font du bien tous les jours et j’aime les utiliser, et il faut, en quelque sorte, que je les utilise maintenant, parce que si je ne le fais pas, j’ai une réaction physique ou un mal de tête ou quelque chose du genre. Je n’écoute plus beaucoup d’autres musiques tellement je suis plongé là-dedans. Je fais ça de très longues journées, donc je suis assez fatigué ou mes oreilles sont fatiguées après une journée en studio, donc je n’ai pas le temps ou l’énergie pour écouter. J’aime beaucoup la musique mais oui, voilà le chemin sur lequel je suis. Très souvent, on a l’impression qu’il n’y a pas assez d’heures dans une journée.

Y a-t-il des artistes électroniques finlandais que tu as appréciés, qui ont eu un impact sur toi ?

Ouais, absolument. Pour commencer, Sähkö Recordings a été une énorme source d’inspiration dès le début, donc c’était en 1994, et plus tard j’ai rencontré tous les gars de Sähkö, même si je ne les connais pas vraiment bien, personnellement. Je ne connais pas beaucoup de gens en Finlande en général. J’avais l’habitude d’aller à toutes les premières raves en Finlande et tout ça. Sinon, parmi les dernières nouveautés en Finlande, je dirais que Morphology a été mon groupe préféré à voir en live. Je venais de déménager en Finlande et un de mes amis m’a invité à un concert à Helsinki. Je ne connaissais pas Morphology et je suis allé à ce concert et j’ai adoré. J’étais là: « Quoi ?! » C’est un peu comme si c’était Detroit à Helsinki. Alors oui, c’était super. Je pense que c’est une très petite scène ici, je me dis que c’est un petit pays, seulement 5 millions de personnes, donc le pourcentage d’avoir beaucoup d’amoureux de Colundi ici est probablement assez faible.

Tu comptes sortir d’autres albums ambient Colundi ?

Oui. J’ai vraiment besoin de faire un autre album de méditation, comme du drone. Il y en a un dans le cadre de « Cycles », la série d’albums qui sort. Il est plus vieux maintenant, il n’est tout simplement pas encore sorti. Il y a un album ambient à la fin de la série. Et puis, il y en a un autre que je garde en quelque sorte. Je ne sais pas pourquoi, c’est comme si je le gardais pour un jour de pluie ou quelque chose du genre. C’est bien d’avoir des choses de côté.

Comptes-tu sortir l’enregistrement de ton set au Warehouse Project que tu as fait il y a deux ans à Manchester aux côtés d’Aphex Twin et Nina Kraviz ?

Oh, non… Je n’y ai même pas pensé… Je suppose que parfois les gens les enregistrent mais je n’enregistre pas mes concerts. Je suis sûr qu’il y en a déjà quelques-uns sur Soundcloud et je sais qu’il y en a quelques-uns qui doivent encore sortir, mais oui, je ne pense pas vraiment à des trucs comme ça.

Est-ce que tu prévois de rejouer en live ? Tu prépares un set-up live ou un truc du genre ?

Ouais, je suppose que oui. Je n’y ai juste pas vraiment pensé. (rires) Et ça a été très libérateur d’en être dispensé après 20 ans de concerts parce que tout d’un coup, je n’ai plus de concerts à venir, plus rien. J’adore ça ! (rires) Je veux dire, ne te méprends pas, toutes les personnes en or que j’ai rencontrées lors de concerts au fil des ans me manquent vraiment. Elles me manquent vraiment beaucoup, mais ça ne me manque pas d’être assis dans un avion et tout le reste. Et ça a été libérateur d’être en studio et de ne pas avoir à penser aux prestations parce que ça va juste me prendre un certain temps pour recâbler mon cerveau et rejouer des concerts en live. (rires) J’adore utiliser des samples, créer des sons, puis les sampler et les jouer. Je suis vraiment dans l’échantillonnage et c’est aussi un travail à temps plein. J’ai deux synthés analogiques Moog DFAM et j’adore avoir des ondes triangulaires dans leur forme analogique pure, mais régler ces choses sur les fréquences Colundi (rires), ça prend du temps ! Et puis, c’est bon pour un seul morceau, c’est autre chose d’improviser ici à la maison avec ça. Si je joue un concert maintenant, j’adorerais les emmener avec moi, mais ensuite, je dois trouver comment faire pour jouer de nombreux morceaux. Je veux dire, bien sûr, il y a des façons, il y a différentes façons de faire les choses. Il y a toujours un moyen.

Christopher Mathieu

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