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PARFUM DE JAZZ

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Découvrez le compte rendu du festival Parfum de Jazz 2026

Du 11 au 15/08/2026 à Montbrun-Les Bains, Mollans sur Ouvèze et Buis- les Baronnies (26).

Parfum de Jazz est un festival itinérant. Cinq concerts dans trois villages des Baronnies pour cette première partie des « concerts du soir » auxquels nous avons pu assister. Cinq groupes au féminin pluriel dont une instrumentiste est « cheffe de bande ». Cinq groupes qui explorent la diversité du jazz et musiques cousines, musique du monde, country-blues, jazz métissé, jazz électro ou encore jazz fusion.

11 août, Montfort-Les Bains dans le parc du village, le quartet Ehbam, nous fait découvrir son univers, « Ondes Tissées », inspiré de musique traditionnelles grecques, balkaniques et méditerranéennes. Les cordes frottées par l’archet enrobent les cordes vocales des quatre musiciens qui racontent des histoires venues de temps proches ou lointains. Des « Ondes tissées » par la voix chaleureuse de Monika Kabasele, le violon de Lisa Murcia, la contrebasse de Léna Aubert, les peaux et cymbales d’Elias Arapoglou. Pizzicati à l’unisson sur fond de derbouka, harmonies vocales et contrechant de contrebasse, duo d’archet pour voix solo. Leur projet généreux et enthousiaste, parfois intimiste évoque la nature, les oiseaux, les paysages hongrois, une danse (du ventre) égyptienne revisitée et même, en rappel, une mélopée grecque aussi swing que malicieusement féministe.

12 août, c’est le très beau théâtre de verdure de Mollans sur Ouvèze qui accueille le concert du jour ; le quartet de la pianiste et chanteuse serbe Katarina Pejak. Le jazz se mâtine de blues et de country, un peu à la façon de Norah Jones. La présence de Boris Rosenfeld à la pedal steel guitar accentue cette impression dès les premières notes. La rythmique est assurée par Sylvain Didou (entendu dans l’excellent trio Rouge de Madeleine Cazenave) à la basse et contrebasse et Johan Barrer à la batterie. On entendra des titres de l’album « Pearls on a String » (Ruf Records -2024) mais aussi quelques chansons plus anciennes telle « The Practice » en début de set. Preuve de la parfaite organisation du concert, alors que le groupe attaque le morceau « Panic Mode », une mante religieuse -passionnée de blues- attaque le guitariste qui, paniqué, délaisse son instrument. Sauvé par le batteur qui agite une serviette, le morceau reprend avec entrain et applaudissements chaleureux du public. Complètement remis, il nous gratifie d’un superbe solo au pedal steel sur le thème très boogie « Honey Jar » des Wood Brothers. Il poursuivra dans le rappel avec un blues totalement improvisé et dans leur reprise de « Ophelia » du groupe américain The Band. Les spectateurs conquis font une longue standing ovation au groupe. Pas de nouvelle de la mante religieuse.

 Les techniciens ont, une nouvelle fois, déménagé la scène pour l’installer au théâtre de Verdure de la Palun à Buis-Les-Baronnies, pour trois jours.  Le groupe de la compositrice et saxophoniste allemande, venue de Zurich, Nicole Johänntgen est bien servi par le temps qui, après quelques grosses gouttes, se remet au beau. Elle nous présente un nouveau projet Robin (rouge-gorge en anglais) avec Manon Mullener au piano, Sonja Bossart à la basse et deux percussionnistes David Stauffacher  et le sicilien Roberto Hacaturyan. C’est avec sa composition « Chorongo » que la pianiste lance le set. Ambiance latine chaloupée. Piano percussif, soprano enjoué.  Les bongos, congas et cajon donnent de belles couleurs chamarrées à ce jazz aux accents caribéens. La fête est lancée.  Les thèmes défilent (« You Gotta Dance With Me », « Super Jam ») les musiciens prennent plaisir à jouer. Discrète et mutine, derrière, la bassiste insuffle un groove de tous les instants. La saxophoniste nous montre plusieurs facettes de son talent, alternant alto et soprano, entre le tendre « Song for Nenel » dédié à son fils (où Roberto rappe en italien) et le free jazz de « Pentatonic City » souvenir de son séjour NewYorkais.  Les belles mélodies, les dialogues piano-sax, les virevoltes percussives nous mènent à la fin du concert et au rappel majestueux : « African Marketplace » d’Abdullah Ibrahim.

Vendredi 14 aout, toujours à Buis-les-Baronnies, c’est le jour du jazz de Yazz Ahmed. Née à Londres mais originaire du Bahreïn, la trompettiste dévoile une musique où le Moyen-Orient rencontre le jazz en s’appuyant sur son bugle 1/4 de ton et son habituel quartet : David Manington à la basse, Rod Youngs à la batterie et Ralph Wyld derrière un vibraphone scintillant. Boucles et samples pilotés de la trompette nous mènent dans un univers atmosphérique. Presque psychédélique quand les lames métalliques du vibraphone répondent aux souffles des cuivres. Parfois la batterie prend le dessus sous un riff de basse ondulatoire, la trompette n’a plus qu’à laisser couler son souffle rêveur et sage. C’est avec « Lost Pearl », un thème ancien et emblématique de son album « La saboteuse » qu’elle conclut en rappel cette immersion bahreïnienne assez cadrée mais enfin débridée.

On termine cette visite musicale en Baronnies, le samedi, avec l’explosif quartet de la bassiste polonaise Kinga Glyk. Le claviériste Michał Jakubczak vient aussi de Pologne, le saxophoniste Lucas Saint Cricq d’Occitanie et le batteur Rodney Barreto de Cuba via Milan. Virtuose de la basse électrique, Kinga Glyk penche nettement vers le funk « Let’s play some funky groove » qui débute le set est explicite. Mais elle n’oublie pas le rock, le jazz, la fusion. On pense très vite à Marcus Miller en écoutant son jeu slappé mais aussi à Jaco Pastorius (lui aussi adepte de la Fender Jazz Bass) dans ses solos tout en pleins et déliés et encore à la jeune Tal Wilkenfeld que Jeff Beck admiratif regardait chorusser à ses côtés. Mais Kinga ne joue pas qu’à la basse virtuosa, elle partage très généreusement la scène avec ses musiciens. Michał Jakubczak introduit longuement la belle ballade « Sadness Does Not Last Forever» alors  que plus tard dans «  Swimming in the Sky » Lucas Saint Cricq joue de tous les registres de son saxophone aux sonorités largement augmentées par un pédalier digne d’un guitariste de heavy metal. Rodney Barreto à la frappe énergique est en dialogue permanent avec la bassiste, il lui donne la possibilité de s’évader de l’assise rythmique pour soliloquer de ses quatre cordes. C’est un de ces concerts qui pourrait ne pas finir tant le public, en communion avec le groupe, réclame encore et encore un rappel. Ce sera «Joy Joy », de la pure dynamite funky qui nous laisse ensuite dans le silence de la nuit. Mais on les retrouve, un peu plus tard, pour un échange chaleureux, dans un sabir franco-anglais, près de la buvette, autour d’un verre. C’est ça aussi Parfum de Jazz, la convivialité et la proximité avec les musiciens.
Et pendant ce temps, les techniciens commencent à démonter la scène pour la suite du festival en Tricastin.

Jacques Lerognon

parfumdejazz.com  

📸 Nicole Johänntgen Quintet par Jacques Lerognon.

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