Découvrez le compte rendu du Broc Festival 2026
Le 26/06/2026 au Théâtre de Verdure du Broc (06).
Inspirez ! Vos poumons s’emplissent d’un air frais et pur, après une journée passée dans un four à pizza, vous êtes bien arrivés au Broc ! Les sourires du personnel qui vous accueillent sont un luxe auquel on finit par s’habituer. Des escaliers en pierre contournent le lavoir et vous voilà entrés dans l’arène, un écrin parfait pour voir et écouter un groupe de musique. Le plus important ? Une scène où les musiciens sont au niveau des premiers spectateurs pour le partage et la complicité, un public installé sur des terrasses qui montent pour offrir une vue plongeante sur le groupe quelle que soit votre place. Le bar surplombe cet ensemble avec une vue impressionnante sur la vallée. Une bonne première partie ouvre la soirée avec les chansons jazzy de la chanteuse niçoise Stéfane accompagnée d’un trio de jeunes musiciens motivés. Étudiante à Berkeley, la plus prestigieuse université du monde, elle a ramené un peu de ce professionnalisme qui fait des Américains les meilleurs musiciens au monde. La preuve de cette affirmation va débouler sur scène quelques dizaines de minutes plus tard mais il suffit de savoir qu’il y a autant de musiciens jazz professionnels dans la seule ville de New York que dans les 27 pays européens, pour comprendre le niveau requis pour se produire sur scène aux States.
Avec Brooklyn Funk Essentials, à chaque concert tout change tout le temps sauf la qualité musicale et un groove funk de malade. Vous pouvez, comme moi, venir les voir à chaque fois qu’ils sont en tournée, vous ne serez jamais déçus et vous assisterez à chaque fois à un concert qui vous semblera unique. Il faut se rendre compte que Brooklyn Funk Essentials sont de véritables légendes de la musique funk, aux côtés des Funkadelic, des JB horns ou encore des Meters. Profitant à plein du quartier New Yorkais de Brooklyn qui est en même temps source de création et lieu de rencontres des cultures latino, africaines, caribéennes et européennes. A tel point qu’ils ont tenu à en emprunter le nom du quartier pour témoigner de cette identité multiculturelle et de cette ambiance bouillonnante propice à la créativité. Les New Yorkais ont toujours un style particulier, distingué, précis sans verser le moins du monde dans une sophistication qui nous couperait l’envie de danser porté par le groove de malade qui caractérise les productions locales, c’est évidemment le cas de ce collectif historique.
Je les ai vus 4 fois, la première c’était du funk version psychedelic jazz, la deuxième fois clairement afro caribéen avec pas mal de reprises de tout ce qui peut faire danser dans les Antilles, reggae, afro funk, salsa, charanga … la troisième fois, c’était street poetry hip hop, groove et distingué … et cette fois au Broc ? Le trio basse, claviers, guitare rythmique qui constitue le noyau du groupe était ce soir, secondé par une trompettiste et une tromboniste, jouant et chantant divinement bien ainsi qu’un saxophoniste endiablé, comme habité par la musique funk. La chanteuse lead que je n’avais jamais vu auparavant, parfaitement francophone devait d’après moi être haïtienne, car ils sont nombreux à exercer leur talent à New York. Est-il utile de préciser qu’elle chantait et habitait la scène à la perfection ? Vous vous appelez Brooklyn, vous venez de Brooklyn et vous partez en tournée avec des musiciens en devenir ? Inconcevable ! Le groupe souvent recomposé sur une base hyper compétente sait à chaque fois nous éblouir de son immense savoir-jouer dénué de toute insolence tant ils partagent et communient avec le public à chaque concert.
Placé au premier rang pour pouvoir libérer mon corps asservi et empêché par 2000 ans de culture occidentale, je prends une véritable douche de funk pendant près de deux heures. Quand la musique s’arrête je reste hébété, esseulé comme un chien abandonné attaché à un arbre sur une aire d’autoroute quand il voit la voiture de ses maîtres s’éloigner. Contrairement à ce malheureux animal, je sais que je retrouverai ce groupe à d’autres occasions. J’en suis même certain. En Afrique, on dit que les âmes sœurs trouvent toujours des occasions pour se rencontrer. Je me sens comme faisant partie de la fratrie Brooklyn Funk Essentials et ce n’est pas le public du Broc, debout applaudissant tout ce qu’il peut qui va me raconter que je suis en train de rêver ! Dans ces circonstances, on a juste l’impression de vivre un moment d’extase absolue, une musique brillante et remuante jouée à la perfection, un groupe qui étreint son public d’un hâle énergisant et bienveillant à la fois. On ne peut plus vraiment dire si l’expérience a duré un instant ou une vie mais on est sûr d’y avoir été en entier, submergé corps et âme.
Merci au Festival du Broc, merci à Directo Prod, merci à l’instant béni où quelqu’un de chez vous s’est dit « et pourquoi pas Brooklyn Funk Essentials ? »
Emmanuel Truchet
📸 Brooklyn Funk Essentials par Emmanuel Truchet.
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