HELLFEST

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Du 19 au 22/06/2025 à Clisson (44).

Jour 0 (mercredi)

L’arrivée sur le site du Hellfest est toujours un moment particulier pour les festivaliers. Préparé depuis des mois, voire un an, c’est un moment attendu par tous, avec une ambiance électrique et joyeuse à la fois. Que l’on aille au camping, chez l’habitant, en camion sur le parking, ce sont des amis, des compagnons de métal par dizaines de milliers, qui se retrouvent chaque année en pèlerinage à Clisson pour célébrer toutes les musiques extrêmes. Les concerts ne commencent que demain, mais le gros de la troupe est déjà arrivé, prêt à s’en mettre plein les oreilles. Et avec 6 scènes, pas moins de 184 groupes et artistes, il y en aura pour tous.

Pour cette 18ᵉ édition, la 4ᵉ consécutive pour moi, le rituel sera encore le même : départ de Nice en avion, récupération d’un camion aménagé pour le confort à Nantes, puis direction le parking ouest au milieu de la nuit pour rejoindre les copains déjà installés, fêter les retrouvailles et le début du festival ! Les discussions et débats ont déjà commencé sur le line-up et les concerts à voir en priorité. Programmation largement commentée dans la presse, surtout pour les têtes d’affiche. Déception pour certains, opportunités pour d’autres… La discussion est sans fin, et tant mieux ! C’est aussi ça, le charme du Hellfest.

Jour 1 (jeudi)

Ça y est ! Les choses sérieuses commencent… Départ du camp avec les potes, direction les navettes vers les portes de l’enfer… Comme chaque année, l’organisation s’améliore : l’enfer se limitera au plaisir de profiter au max des concerts ! L’attente est raisonnable, et à l’ombre bienfaitrice du chapiteau. Le temps de finir les godets, et c’est parti. Vient le moment solennel de la pose du bracelet, puis les portes de la cathédrale pour enfin (re)découvrir ces décors uniques façonnés dans le métal au fil des années. Il en impose, oui, mais l’ambiance encore plus. Le public métal, le plus détonnant, mais sans doute et surtout le plus éclectique et bienveillant qui existe, fait rayonner la joie d’être ici… comme quoi s’habiller en noir n’est pas synonyme de tête d’enterrement.

Nous voilà devant la Mainstage 1 pour le concert d’ouverture : Skindred, groupe de punk-métal-ragga. Oui, le mélange peut faire sourire, mais il fonctionne, et ce set énergique nous a mis dans de bonnes dispositions pour la suite. Puis direction la Warzone, la scène plutôt dédiée au punk et au hardcore, pour Street Dogs, histoire de se dégourdir les jambes et commencer à tâter du pit en cette fin d’après-midi ensoleillée. Tellement que nous sommes obligés de faire une halte hydratation sur le chemin. Nous enchaînons ensuite sur les deux Mainstages. D’abord Till Lindemann, chanteur du mastodonte du métal germanique Rammstein, en solo ici, pour un set sans grand intérêt. Du Rammstein, sans Rammstein. S’en est suivi Rise Of The North Star, et la première claque du festival pour nous. Quelle démonstration du groupe de métalcore français ! Il a mis le feu et n’aura désormais plus à prouver qu’il a sa place sur la scène principale.

Puis Korn, première tête d’affiche de cette édition. Emblématique du nu-métal de la fin des années 90, il n’a rien perdu pour son retour sur les planches. Gros riffs bien lourds, basse qui claque, batterie et chant puissants. Ils étaient attendus, on a adoré, et le chanceux public présent aussi. Ouf, que ça fait du bien un concert comme ça. Retour à la Warzone pour finir la soirée avec les Norvégiens Turbonegro et leur punk-rock déjanté. On rentre avec le smile, direction les camions. Au choix : les navettes ou 30 minutes de marche… Ce sera marche, pour profiter de l’air frais. On se pose enfin, on mange un morceau, on boit un coup, on écoute du bon son, on se marre et on se couche. Quatre jours, c’est un marathon, il faut savoir s’économiser et ne pas tout donner le premier jour.

Jour 2 (vendredi)

Le deuxième jour, il fait chaud, très chaud. Nous nous restaurons sur la table à l’ombre de la tonnelle amenée spécialement pour l’occasion. Eh oui, nous sommes bien équipés : le Hellfest doit rester un plaisir et ne pas se transformer en souffrance. Si pour Jean-Paul Sartre l’enfer c’est les autres, nous, on le laisse aux autres. Retour sur le site en milieu d’après-midi. Halte au Hellcity et à la micro-scène de la Cage, où nous avions découvert il y a trois ans un groupe qui nous a marqué à tout jamais : Violence et Honnêteté. Si vous êtes curieux, écoutez-les, ça vaut le détour. Bon, pas de découverte cette année. Tant pis. Pour moi, je vais commencer par la scène Altar et revoir Nervosa, groupe de death-métal brésilien 100 % féminin, découvert lors de la tournée warm-up du festival. Riffs tranchants et rapides, c’est parfait pour se chauffer les oreilles.

En effet après, on va voir défiler à la Warzone : Leftöver Crack, The Real McKenzies, et Les Garçons Bouchers. Rien que ça. Des Américains, des Écossais et des Français pour un mini tour du monde du punk-rock. Je passe rapidement sur la néanmoins belle prestation des premiers, sur les kilts et cornemuses musclés des seconds, pour m’attarder sur Les Garçons Bouchers. Leur tournée hommage à François Hadji-Lazaro, regretté parolier, chanteur et leader de ce groupe incontournable du rock alternatif français des années 80, passe par Clisson pour me rappeler cette belle période pendant laquelle mon grand frère me faisait écouter leurs titres au milieu de ceux des Bérus ou Ludwig Von 88. Je n’ai pas pu m’empêcher d’aller pogoter. Un régal. Ouf. Pause restauration : le choix est vaste parmi les nombreux stands, rien d’exceptionnel mais ça fait le job pour retrouver de l’énergie et éponger (un peu) les pintes.

On profite du set de la tête d’affiche du jour, Muse, pour le voir depuis la grande roue. Ce n’est pas notre truc, le rock de stade, de toute façon. Ça ira très bien d’en haut. On apprendra après que le son était pourri. Tant pis. Ou tant mieux. Retour à la Warzone pour le groupe de punk anglais le plus connu de tous. Si pas besoin de présenter The Sex Pistols, il le faut pour Frank Carter, leader éphémère pour cette tournée, qui a mis en pause son groupe pour l’occasion. Et chapeau bas, car le frontman tient la baraque et assure le show, contrairement aux membres historiques qui, eux, paraissent amorphes à côté. On s’attend presque à ce qu’une infirmière vienne leur faire une piqûre pour les réveiller… Les morceaux emblématiques maintiennent quand même la foule en éveil, mais c’est fastidieux. Clap de fin de la journée, on rentre faire la fête entre nous aux camions pour éponger notre déception.

Jour 3 (samedi)

Déjà la moitié du festival. Ça passe trop vite, et ça donne envie de profiter encore plus. Il ne faut pas se laisser abattre, il reste encore plein de concerts devant nous. Le temps se maintient, avec même une baisse de chaleur. Un temps à squatter les pits… mosh-pit, circle-pit, wall of death, slam. On va se dépenser aujourd’hui. On commence avec Nasty, groupe de métalcore belge bien énervé. Le pit chauffe, mais on y va quand même. C’est violent, mais comme toujours dans les concerts de métal, très bienveillant. On se rentre dedans, mais on veille les uns sur les autres. Un gars tombe, trois autres le protègent et le relèvent. Un slam arrive par derrière, on met toutes nos forces pour le tenir. Un concert comme ça, ça vaut toutes les séances de sport. Force, cardio, réflexes, tout est mis à contribution. On en sort rincés, mais avec le smile. Que c’est bon.

Toutefois, il faut reprendre nos esprits, c’est loin d’être fini. Après une courte pause, retour dans le pit pour Stick To Your Guns, pour du punk-hardcore. Shouts puissants, riffs marquants et refrains en forme d’hymnes : de quoi passer un très bon moment. C’est chose faite, et on en ressort heureux et comblés. Quoique… pas encore tout à fait. Tant mieux, Terror arrive après la pause. Même style musical, les Californiens portés par le leader Scott Vogel sont en maîtrise de leur art. Mais pas le temps de rester jusqu’à la fin. Direction la Mainstage 2 pour un groupe que je ne voudrais absolument pas rater : Judas Priest. Ce géant de la New Wave of British Heavy Metal des années 70 est encore une fois présent au Hellfest pour un show extraordinaire. Du cuir, des clous, une arrivée sur scène en Harley.

Ils ne sont pas là pour faire dans la dentelle et exhibent tous les attributs de l’époque. La mode ? Ils la dépassent. Les morceaux du groupe défilent comme des hymnes dans un stade, repris en chœur par un public allant de 7 à 77 ans. Ils n’ont rien perdu malgré le temps, on l’espère pour longtemps. Ce n’est pas le cas de leurs confrères de Scorpions, qui les suivent sur la Mainstage 1. On reste quand même, c’est toujours agréable de réécouter des morceaux qui ont bercé mon adolescence. Après cette parenthèse hard-rock, retour au punk-rock avec Turnstile, pour ce qui promet d’être la sensation de la Warzone cette année. Leur style assez aérien, et même légèrement pop, surprend au début. En dépit de cela c’est efficace, on se surprend même à balancer les bras dans les airs, jusqu’à ce que le morceau suivant nous rappelle à l’ordre. Parfait pour clore ce samedi.

Jour 4 (dimanche)

Dernier jour. Pas la meilleure programmation pour nous, mais des choses à voir. On va profiter entre copains. Pour ne pas changer un combo qui marche, direction la Warzone avec une halte au bar. Gorilla Biscuits nous attend pour commencer… ou le contraire, je ne sais plus. Les vétérans du punk-hardcore new-yorkais nous donnent une nouvelle fois l’occasion de nous défouler dans le pit, sous le soleil encore bien présent ce dimanche. C’est rapide, c’est brut, c’est redoutablement efficace. Pour sa tournée d’adieux, Refused est sur la Mainstage 1. Une dernière occasion de les voir ? Pourquoi pas. Sur scène, les Suédois se démènent pour bouger le public au son de leur punk-hardcore avant la séparation annoncée. Ça ne fonctionne pas vraiment. Par manque d’envie ? Ou la scène était-elle trop grande pour eux ? Pas facile quand elle est déjà préparée avec une grande avancée pour la tête d’affiche du festival. En tout cas, un arrière-goût d’inachevé reste en bouche après ce set.

Dernière ligne droite de ces quatre jours, la soirée arrive. Elle commence avec Cypress Hill. Groupe incontournable du hip-hop latino-américain, les Californiens détonnent parmi les groupes de métal, mais le Hellfest se définissant comme le festival des musiques extrêmes, ça a du sens. Plus que Muse, en tout cas. Le débat reste entier, mais la foule amassée devant la scène ne s’y trompe pas, et Cypress envoie tout sur scène. La communion avec le public fonctionne, et c’est tant mieux. S’ensuit un choix difficile : Knocked Loose ou Linkin Park, principale tête d’affiche qui clôt ce fest ?

Ce sera les premiers pour moi. Premier groupe de métalcore à percer au-delà du genre, il fallait aller voir de quoi il en retournait vraiment. Et c’est une tornade scénique. Puissants breakdowns, parties mélodiques : ils nous prouvent dans ce set qu’ils n’ont pas fini leur ascension dans la hiérarchie du métal. Bientôt sur la Mainstage ? J’en mets ma main à couper. Le set fini, on a tout juste le temps de retourner pour la dernière demi-heure de Linkin Park. Vu de loin, mais on ne peut que remarquer un manque d’alchimie entre les chanteurs, qui semblent faire leur récital chacun dans leur coin. Voilà, fin du concert. Cette année clôturée par un sublime feu d’artifice au son d’AC/DC et Slayer.

À l’année prochaine…

On n’est pas loin de verser notre petite larme. C’est fini. Pas moins de 22 concerts faits, et je passe sur les belles rencontres, les rigolades et les pichets de bière partagés avec les copains, ce serait trop long. On se remonte le moral en se projetant à l’année prochaine. Oui, les pass 2026 seront en vente d’ici deux semaines ! On y sera, c’est promis. Cette année a encore été une superbe édition. On entendra toujours des débats autour de l’affiche, de l’organisation ou de la propreté des chiottes… mais force est de constater que chaque année, le fest fait tout pour s’améliorer, continuer à nous surprendre, et fait partie des meilleurs au monde par l’expérience unique qu’il fait vivre. Aucun doute qu’encore une fois, tous les pass seront vendus en moins d’une heure, et ce, avant même l’annonce de la moindre tête d’affiche. Une chose est sûre : le Hellfest, il faut le vivre de l’intérieur pour le comprendre dans sa globalité, bien au-delà de la musique live.

Matthieu Leger

hellfest.fr

📸 Judas Priest par Matthieu Léger.

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