Découvrez le compte-rendu du concert de Fatoumata Diawara
Le 09/10/2026 au Théâtre Lino Ventura – Nice (06).
L’Île de la réunion change avec un peuplement massif de métropolitains ces dernières années ce qui bouleverse sa société, mais Etinsel Maloya fait vivre avec brio la culture Kaf, celle de ses habitants d’ascendance africaine ou malgache, principalement descendants des esclaves des anciennes plantations, c’est un héritage historique qui a traversé le temps pour, aujourd’hui, symboliser avec fierté l’identité métissée réunionnaise. À l’origine, le maloya permettait aux esclaves d’exprimer leurs souffrances, leurs croyances, leur résistance et leur espoir de liberté. Longtemps marginalisé et parfois réprimé en raison de son association aux revendications politiques et identitaires, il est devenu un symbole de l’identité culturelle réunionnaise. En 2009, le maloya a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Etinsel Maloya envoie un Maloya puissant et authentique avec des touches de modernité explosives et une présence scénique intense qui a mis le feu aux corps et aux âmes. Une belle surprise pour la plupart d’entre nous et une madeleine de Proust pour les réunionnais présents dans le public ce soir-là ! C’était juste magnifique !
Après cette tempête venue de l’archipel des Mascareignes, c’est vers l’Afrique de l’Ouest que le public va se déplacer, le temps d’une pause relativement courte quand il s’agit de parcourir culturellement 8000 kilomètres. Fatoumata Diawara est une femme africaine militante du droit des femmes qui a tout fait pour devenir une icône et elle y est entièrement parvenue. C’est elle que Matthieu Chedid a adopté quand, par un certain opportunisme musical, il a cherché l’inspiration vers le disco ouest africain qui connaissait un regain d’attention, il a lancé avec elle son projet collaboratif Lamomali. Cela a braqué les projecteurs sur Fatoumata, elle qui prend si bien la lumière, elle qui sait gérer le visuel comme personne avec ses tenues, ses coiffures multicolores et exubérantes.
Il faut savoir que Mme Diawara a commencé sa carrière par le théâtre et le cinéma avant de connaitre un succès rapide dans la musique avec un premier album “Fatou” sorti en 2011 et très réussi. Petit à petit elle va occidentaliser son discours et sa musique, personnellement je trouve qu’un moment elle est allée trop loin et a perdu de son authenticité en échange d’une audience plus large en Europe. D’ailleurs elle se garde bien d’évoquer sur scène, et en dehors, la situation politique de son pays le Mali, où se déroulent des massacres de Fulbes (ou Peulhs) que la junte au pouvoir cherche à faire passer comme autant de victoires contre les Djihadistes. Elle préfère cibler le thème des femmes africaines, plus fédérateur en Europe. L’avant dernière fois où je l’ai vu sur scène on était presque en face d’un groupe de rock anglais à peine africanisé, cette fois ci, elle a fait légèrement marche arrière et c’est une bonne chose.
Son concert commence assez tranquillement après l’ouragan qui nous a emporté en première partie. C’est ainsi avec elle que j’ai dû voir plus de 10 fois sur scène, une première moitié de concert un peu distante, plaisante mais moyennement captivante, puis une intensité qui monte en flèche pour finir en bouquet final brûlant d’intensité, nous faisant oublier le manque d’attractivité du début de concert et faisant repartir tout le monde du théâtre Lino Ventura avec le sourire et les yeux qui brillent. Ce soir-là, vers les 2 tiers du concert, elle s’est lancée dans une reprise très réussie d’Higher Ground de Stevie Wonder suivie d’un No Woman No Cry moyennement interprété par les musiciens, qui ne sont pas un band reggae, mais repris en cœur par un public aux anges.
J’adore les concerts au Théâtre Lino Ventura car la scène n’est surélevée que de quelques centimètres et si on le désire, et c’est mon cas, on peut être quasiment sur scène avec le groupe, Fatoumata, une grande musicienne de scène en a saisi l’opportunité pour faire monter le public danser sur scène, nous remplissant de joie et d’émotion avant de nous quitter. Ainsi est Fatoumata Diawara, ce n’est pas la musicienne africaine la plus inspirée, mais elle a la maîtrise de l’image, du discours et de la mise en scène pour compenser. Peu importe si les gens vous parlent toujours en premier de son apparence grandiloquente avant d’évoquer sa musique, elle fait une belle carrière et ravi le public français qui repart enchanté à chacun de ses concerts. Bilan largement positif même si n’est pas Angélique Kidjo (AKA. Mama Africa), qui veut.
Emmanuel Truchet
#NouvelleVagueLiveReport










