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FESTIVAL YEAH

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Du 06 au 08/06/2025 à Lourmarin (84).

On ne sait parfois plus trop jauger comment l’expérience du Yeah peut, à chacune de ses formules luberonnaises, emplir les cœurs d’autant de joie. Dire si ce bonheur partagé est venu avec le public, si ce dernier en a été empli à coups de paysages carte postale, de douceur de vivre, de soleil et de musiques bien choisies est difficile. Peut-être est-ce tout à la fois, que les réseaux s’alimentent mutuellement et que le cercle en devient d’autant plus vertueux. Quoi qu’en soit l’origine, le Yeah fait basculer les cœurs ; reste à savoir soigner la nostalgie qui s’ensuit systématiquement, ce qui n’est pas chose aisée. En attendant, voici une tentative de décryptage de l’édition 2025.

Si, à ses débuts, le public était mu par une envie curieuse de découvrir ce qu’un festival fomenté – en trio d’organisation – par Laurent Garnier avait dans le ventre, il s’est avéré au fil des années que c’est une fervente fidélité qui anime beaucoup de ces premiers convaincus, qui s’arrachent chaque printemps les places mises en vente sur internet. Même avant programmation, ceux que l’orga appelle amoureusement les festival’Yeah ou les Yeahyeah donneraient un rein pour pouvoir assister à la parenthèse lourmarinoise à venir. 

À guichet systématiquement fermé, donc, la magie opérait, dès le vendredi. Et ce, bien avant l’arrivée “sur site” ! Car depuis toujours, c’est dans multiples lieux du village que l’essence Yeah se retrouve. Les habitués le savent et se reconnaissent, d’ailleurs, dès leur arrivée au camping de Lourmarin, qui devient le temps du week-end un dortoir de luxe où les zygomatiques sont plus tirés que les yeux. Si, cette année, la fruitière numérique et le centre village n’accueillaient pas d’activité estampillYeah, il était amusant de découvrir les tablées de locaux et de touristes dans un Lourmarin de tous les jours, sur la route du château. 

Décorum naturel de choix, le bâtiment Renaissance ouvrait donc ses portes pour une première soirée de retrouvailles bienvenues, après l’édition sétoise de la fin d’été 2024. Dans une ambiance presque familiale, le public retrouvait ses pénates, et découvrait la sélection musicale du nouveau cru. Après la première partie house assurée par le prolifique dj Golden Bug au “rez-de-chaussée” du château, le public rejoignait la cour principale pour découvrir l’objet pop folk de très bon goût du suisse Dino Brandão, aidant avec poésie et souplesse le jour à décliner. Sans transition, si ce n’est celle des Djettes de Métro Lavande, c’est un Jon Spencer des grands jours et très bien accompagné qui entrait en scène, et offrait une heure de garage sans pause ni mise en jambes. On en même vu se jeter tête baissée dans le pogo naissant, tandis que d’autres dodelinaient sévèrement sur la basse affûtée de la jeune Kendall Wind ou admiraient le jeu de baguettes tournoyant de Macky Spider Bowman. Un trio de choc, en somme, qui affaiblissait presque l’effet du (pourtant très bon) quintet TVOD, lui succédant. Pour finir, Myd offrait, tout sourire, dans un t-shirt faussement footeux aux couleurs du lourmarinois Café Gaby, un set techno-house délectable. 

Si certains décidaient en cette chaude matinée du samedi de traînasser au bord de l’immense piscine du camping, les férus de la boule se pressaient triplette en main vers le boulodrome, concentrant cette année toutes les activités diurnes du festival, pour un tournoi de pétanque qui durera pour les plus tenaces jusqu’au début de soirée. Côté château nocturne, si la logique de programmation était un peu plus compliquée à comprendre sur ce deuxième round (ou du moins son line up), on notera tout de même la découverte géniale du trio hyper-énergique Ditter, sur toutes les lèvres jusqu’à la fin du week end (ou plutôt quatuor, si l’on compte le silencieux mais non moins charismatique plot “antifa” trônant sur scène). Malgré le prestige de sa composition, le projet entre musique, littérature, militantisme et féminisme Draga en laissera plus d’un sur la touche, pas par faute de qualité mais peut-être plutôt de moment, qui rendait la concentration difficile. Idem pour les excellents Anthony Joseph and Co, aussi mélomanes que peu adaptés à l’énergie publique d’un bientôt minuit. En final, l’ensemble instrumental, brut et transcendantal Bøl ravivait les hanches. 

Comme toute édition du Yeah, le dimanche a une saveur où la presque déjà nostalgie se traduit en folie douce généralisée. En témoigne le public suant et sautillant semblant ne pas avoir déjà absorbé une double dose de soirées qui se massait au boulodrome, où était donnée une longue après-midi de banquet et de show scéniques bon enfant. Point fort de cette journée, l’incroyable Green line Marching Band, qui offrait tout de go une déambulation fanfaronne des plus qualitatives. Grand respect pour ce projet, qui rassemble d’excellents musiciens, ajoutant à la formule festive et collective des atours perfectionnistes.

Pour la soirée, un sans faute (subjectif, bien sûr). Donnait le ton le duo psyché-noise Bracco, énergie pure et sombre à la fois, avant la découverte à suivre du génialement rock Bonjour, formation à peine sortie de l’œuf qui sait déjà comment manier l’hypnose. Pour la montée en puissance, le rap techno saturé des marseillais de 22carbone électrisait un public déjà survolté, qui frôla la syncope à l’arrivée sur scène de Pedro Winter, en clôture de soirée, rapidement rejoint par celui que tous adulent, Laurent Garnier. Un moment difficile à décrire, tellement l’état général déformait les perceptions. Bien sûr, l’expertise de la paire en matière de djing et le choix des tracks, mixés à merveille, trouve une part importante dans la réussite de ce moment, mais c’est un sentiment d’apothéose qui a été vécue par le public, comblé dans sa quête ultime de l’expérience Yeah. Un moment qui restera dans les annales pour longtemps.

Ce qui transparaît, quelques jours après le retour à la normale, c’est que les intentions d’une équipe qu’on devine si unie dans la bonne tenue de l’événement, renforcée par une armée de bénévoles incroyablement volontaire, déteignent avec force sur les ressentis de toutes les âmes présentes pour ce rendez-vous, devenu si singuliYeah.

Lucie Ponthieux Bertram

festivalyeah.com

📸 Pedro Winter et Laurent Garnier par Véronique Larrue.

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